SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

Deux jours plus tard, deux novembre, comme chacun sait, c’est la fête des morts. J’avais bien eu vent qu’en Amérique Latine, la connotation pouvait surprendre, vérifions. Du centre, pour cinq soles (1,30€), un taxi nous mène au cimetière principal de Cusco. Circulation anarchique puis rue barrée par la police, le chauffeur nous dépose et nous indique de poursuivre à pied sur trois cent mètres environ. Noyés dans la foule et le brouhaha des centaines de vendeurs de tout et n’importe quoi, nous progressons vers l’entrée. Bien sûr, sont proposés fleurs coupées, couronnes mortuaires locales aux couleurs plutôt gaies mais aussi bien, DVD piratés, articles de ménage, tabourets plastiques et, au coude à coude, les sempiternelles petites bouffes sur le pouce pas forcément des plus appétissantes. Des milliers de gens progressent ainsi bientôt dans la terre battue jusque dans la proche montagne à travers les modestes tombes qui s’étagent sur plusieurs hectares. Le petit commerce continue, ici, des vases faits de bouteilles plastique récupérées, là, seaux de boissons locales à base de maïs fermenté, barbe à papa ou encore bouteille d’eau troubles pour fleurs et bouquets.
 

 

 

 
                                     Fête des morts à Cusco  
 
Le summum viendra auprès de quelques tombes de descendants d’incas aisés semble-t-il où des orchestres jouent quelques morceaux singuliers invitant quelques couples à danser joyeusement autour des défunts. A noter que les sépultures sont recouvertes de victuailles diverses, grandes brioches de circonstance, fruits, tomates ou encore fromage qui seront dégustés en fin de journée par la famille. La bière est omniprésente mais pour l’heure, sans excès notoires. Seuls touristes sur les lieux,  plusieurs couples nous parlent de cette tradition latine et posent volontiers pour la photo souvenir.   Nous  restons longuement ébahis devant ce spectacle pour le moins surprenant.  
                De retour, nous nous rendons à l’agence locale précédemment sélectionnée  pour confirmer notre expédition au Machu-Picchu pour le lendemain.
                Service complet, huit heures, belle auto, Carmen, patronne de l’agence et son chauffeur se présente à la porte du camping. Dernières infos, et en route pour la gare de Ollantaytambo.  Carmen est déposée en ville, puis par monts et par vaux, de belles campagnes agricoles sont déclinées au travers de quelques voiles de brumes légères. Notre chauffeur nous dépose tout en nous indiquant qu’il sera de retour demain soir pour nous reconduire à domicile. Gare de transit obligée pour gagner le Machu-Picchu via le village d’Aguas-Calientes, l’ambiance y est typique des « trains d’ailleurs ». N’y demeure-t-il pas quelques effluves de pionniers ou autres chercheurs d’or attardés. Nous ne serons que six ou huit à embarquer dans la jolie voiture « d’Inka-rail ». Confort, équipement désuet mais soigné, propre et entretenu, déco très style inca, et douce musique andine, le voyage sera des plus agréable. La voie unique, sinueuse progresse à flanc de montagne, des abrupts impressionnants surplombent un torrent puissant, la cordillère des Andes, version tropicale, nous dessine de superbes panoramas. Aguas-Calientes petite cité repliée sur elle-même entre les cimes vertigineuses avoisinantes nous accueille sous la pluie. Ruelles pavées étroites entrecoupées d’escaliers, nous ramons un peu pour atteindre notre hôtel tout en haut du village. Chambre honnête pour le standard péruvien. Quelques heures à perdre avant le rendez-vous en soirée avec notre guide français pour définir la stratégie du lendemain. Aguas-Calientes, c’est une petite gare de bout du monde, une jolie place au bas du village, quelques statues incas en bronze remarquables puis des hôtels, des restaurants et des marchands du temple par centaines. Des bains chauds existent juste au-dessus de notre hôtel, mais sous la pluie battante, pas très motivés de payer pour aller faire trempette. Rendez-vous est pris pour le lendemain six heures quarante sur le site. Réveil vers quatre heures trente petit déj servi à cinq heures, on gagne la station de bus, seuls véhicules autorisés à accéder au Machu-Picchu. Trente minutes plus tard, nous voici au pied de cette fameuse citée perdue. Christopher notre guide se présente accompagné d’un autre couple français. Bâtie sous le grand chef inca Pachacutec et florissante au quinzième siècle, la citée abritait à l’époque quelques mille huit cent âmes. Très difficile d’accès, les conquistadors espagnols en ignorèrent l’existence durant plusieurs siècles. Abandonnée pour des raisons encore inconnues, les incas n’utilisant aucune écriture, les historiens en sont encore aujourd’hui réduits à des hypothèses. Enormément d’inconnu demeure concernant  cette fabuleuse civilisation.    Le site fût découvert en mille neuf cent onze par Hiram Bingham curieux américain aventurier et explorateur. Au même titre que les temples d’Angkor, le Machu-Picchu était complétement envahi par la végétation tropicale, un travail remarquable a été fait depuis, afin de présenter aujourd’hui ce fabuleux  nid d’aigle niché à deux mille six cent mètres d’altitude. Encore embrumé, le soleil nous gratifie de quelques heures d’une lumière sublime. C’est vite l’architecture inca qui frappe le visiteur. Ces assemblages de pierres gigantesques aux multiples angles joints dans une précision remarquable fascinent. Comment ces hommes ont-ils bien pu déplacer et tailler de pareils bocs de granit de passé cent tonnes pour certains ? L’ajustage parfait de ces énormes blocs aux  formes complexes présentant de multiple angles (jusqu’à 22 voire 32) où tu ne glisserais pas même une lame de rasoir entre deux nous laisse perplexe au plus haut niveau. Arrivés donc très tôt, avant les foules nous aurons tout loisir avec Christopher d’en apprendre un peu en bonne quiétude. Les cimes voisines se dévoilent une à une déposant le Machu-Picchu dans son noble écrin originel…
…majestueux.



   
                              Le fameux MACHU PICCHU

Petite pose à la cafétéria puis le bus nous ramène au village. Temps plus propice, nous déambulons quelques heures dans les ruelles parmi les multiples échoppes du marché artisanal. L’Inka-rail sera davantage bondé qu’à l’aller. La nuit tombée s’assortit d’une averse tropicale au moment de retrouver notre chauffeur à  Ollantaytambo. Il est vingt-deux heures trente lorsque, fatigués mais satisfaits, celui-ci nous dépose à la porte du camping.            
                Ici, nombre d’équipages français ont repris leurs routes, un curieux bus hors d’âge chilien décor arc en ciel nous est à nos côtés. La petite troupe, mi hippie, mi baba-cool ont installé leurs hamacs sous la palapa.
 
         Curieux bus chilien                               Dans l’Inca Rail
Souci premier, la douane !
Enfin, le marathon administratif semble tirer à sa fin. Consultation de notre nouvel interlocuteur avec Luis Alberto puis Erika, tout semble être en ordre. Documents signés par l’autorité compétente, Erika y ajoute son téléphone au cas où un douanier pernicieux viendrait douter de notre bonne foi lors de notre sortie du territoire. Dans la bonne humeur, nous prenons enfin congé.
Dès lors, nous embraquons la vitesse supérieure pour achever les divers petits travaux encore en liste :
 Un feu rouge en attente depuis la réparation du pare choc AR en juin dernier,
Une prise allume cigare défectueuse,
 Isolation renforcée et pose d’un petit câble chauffant autour de la pompe à eau, (on attend des températures nocturnes largement négatives sur l’altiplano à des altitudes au-delà des 4000m)
Confection d’un système pour le transvasement des bombonnes de gaz dans notre réservoir. (Les pompes propane ou GPL sont inexistantes dans certaines régions)
Remplacement du dernier coude du pot d’échappement,
Etc… etc…, je passe sur les babioles…
En premier lieu, à force de persévérance et convaincu du souci relatif au disfonctionnement en haute altitude du frigo en fonction gaz, celui-ci accepte enfin de marcher correctement. Il fût nécessaire de déposer le thermocouple pour le repositionner, la combustion étant modifiée au-delà des 2000 /2500mètres (on est à 3600), la flamme n’était qu’en contact médiocre avec celui-ci et la sécurité coupait le gaz.
Bel assortiment de bricoles diverses que nous agrémenterons de quelques sorties en ville, au marché San Pedro et dans les diverses quincailleries locales. Ici, pas de « Castorama » ou autre « Leroy Merlin », il suffit de demander au taxi de nous conduire dans la rue adéquate et parcourir les multiples échoppes.
               
                  Ce jeune artiste nous brosse un tableau du Machu Picchu 
 
 Par une belle après-midi ensoleillée, il va de soi de ne pas négligé ce site inca voisin de notre camping. Répondant au nom de Saqsaywaman, renommé et grandiose le site domine la ville de Cusco. Le point d’orgue du lieu reste l’énormité des blocs de cet endroit. On peut évaluer à plusieurs centaines de tonnes le poids des pièces d’angle mais, non seulement, tout est taillé et ajusté avec une précision remarquable. Pas question, ici aussi de penser glisser une aiguille entre ces méga- blocs.

 
                                 Le fabuleux site de Saqsaywaman