SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

C’est un jeune hippie que nous avions vu arriver la veille avec son sac à dos et sa boite à musique qui échange quelques mots avec le gardien du camping au moment où nous réglons nos deux nuits. La conversation et sympathie s’engagent, il nous demande où nous allons et si on pouvait le prendre à bord…
…bien sûr…
…ne s’agit-il pas d’un « citoyen du monde », pacifiste et voyageur ?
Durant les deux cent kilomètres exécrables de cette route du bout de l’Uruguay, il nous distraira de son dialogue écolo. Argentin, il va ou le « stop » le pousse, travaillote de temps à autres sur les chantiers ou les fermes juste pour sa subsistance végétarienne. Originaire de Patagonie, Il parcourt ainsi toute l’Amérique latine sans besoin de tout l’attirail de la société de consommation que nous connaissons. A une période, il s’est retiré seul un mois dans un refuge perdu dans la Cordillère des Andes afin de méditer et trouver son parfait équilibre dans sa tête et son corps…
… A priori…
… il l’a trouvé.
Il nous offre quelques améthystes, quartz et onyx en échange d’une petite tour Eiffel. Souriant, confiant, serein et visiblement heureux, nous le déposons au camping des thermes de Salto où un bus local l’emporte vers son destin.
Vaste camping verdoyant, piscines à trente-neuf degrés,  Wifi satisfaisant, nous pouvons enfin donner et reprendre des nouvelles de chacun nous mettre à jour dans la messagerie qui déborde. Météo capricieuse le premier jour, le second nous jouissons de ces fameuses piscines thermales. Si les bienfaits sont reconnus, trente-neuf degrés ne te rafraichissent pas vraiment de l’air lourd et orageux ambiant. Nous rencontrons un couple sexagénaire norvégien baroudeurs en sac à dos en fin de périple sud-américain. Quelques atomes crochus, les deux nanas vont papoter plusieurs heures durant sur les péripéties  de chacun dans un curieux mélange d’espagnol, d’anglais, de portugais et français !
Pour la petite histoire, ces voyageurs nous comptent que lors d’un déjeuner dans un restaurant à Santiago du Chili, Ils se seraient retrouvés à la table voisine d’un président de la république…
… photo à l’appui, c’est malheureusement un homme peu apprécié en France puisque les circonstances lui interdisent de briguer un second mandat en mars 2017…
…un certain François !
 
Encore à faire, nous voilà scotchés ici vingt-quatre heures de plus dont vingt-deux heures de pluie ininterrompue. Entre les gouttes, deux mini superettes nous permettent de survivre en termes de produits frais. Aujourd’hui tu as des tomates et des bananes, la salade et les citrons ce sera demain…
…peut être…
…Cette route d’avant-hier ne nous ayant offert aucun village sur ces deux cent kilomètres. Tout au plus quelques habitations d’estancia sur l’horizon, hors de question trouver un supermarché ni même une station-service, mieux vaut rouler avec réfrigérateur et réservoir pleins. Si, si, on a croisé entre les bovins et les chevaux quelques nandous ! (Espèce d’autruche sud-américaine)
Aujourd’hui, samedi, les quelques campeurs acharnés ont finalement tous remballé tentes mouillées et barbecues inutiles pour rentrer chez eux. Les piscines à 39° (gratuites) n’ont pas suffi pour contrer cette météo désastreuse. Demain, nous prenons également la route jusqu’à San Jose de Mayo, bourgade moyenne, parc public accueillant, possibilité de stationner pour la nuit devant un bel hôtel et une piscine municipale rafraichissante. Après un bon bain réparateur, l’équipière propose une « soirée restau ». Pas farouche la soirée, le bel établissement a dû avoir ses heures de gloire. Le début de nuit sera agrémenté des multiples pétarades des mobylettes du coin.
Route meilleure cette fois en direction de Montevideo sans pour autant beaucoup de découvertes. Cependant, une halte subite au milieu de nulle part nous permet d’observer une petite colonie de spatules rosées en bordure d’étang. Quelques clichés lointains et moyens avant un envol du plus bel effet.
       
 
 
Au hasard de la route
 
Fin de matinée, à une cinquantaine de Montevideo, nous entrons dans la ville d’Atlantida. Rien de particulier si ce n’est un voyant rouge et une alarme qui nous incite à stopper dans l’instant…
…grr…grr…
… Une route en terre à droite avec juste là, un large portail de belle propriété ouvert, le reflexe, éviter de bloquer la route en terre, entrer dans le domaine sans se poser de question, l’alarme se renforce et le moteur s’arrête.
Examen rapide, l’alternateur ne recharge plus et les batteries du moteur se sont vidées. Un jeu de câbles de démarrage m’autorise à coupler les batteries cellules et redémarrer le cheval. Françoise maintient le coffre entre-ouvert, tout en accompagnant le véhicule pendant que je progresse au pas dans la propriété. Deux jolies maisons, gazon gras, arbres rares quand apparait un large parking à camions, quoi de mieux pour l’heure ? Quelques employés vaquent, on se présente, le propriétaire, Fernando, entrepreneur de transport et travaux publics, comprend parfaitement notre situation. Il appelle un électricien automobile qui arrive rapidement pour confirmer l’absence de charge de l’alternateur (neuf d’un an !). Il est midi, il dit revenir après la soupe. Il oubliera, (nous sommes en Uruguay !) mais avisera notre hôte qu’il est débordé. C’est un mécanicien de l’entreprise qui déposera l’alternateur et le patron m’accompagne à l’atelier du spécialiste. Très occupé je disais, après une heure, testé, juste un petit composant, le régulateur, pose problème. Changé dans l’instant tout sera remis en ordre pour le soir. Le patron nous fait grâce de la main d’œuvre de son ouvrier, merci beaucoup, c’est ça aussi l’Amérique Latine.
J’ai oublié de dire. Dans la conversation, il nous présente son frère, Sergio, concessionnaire en machines agricoles qui serait intéressé par l’achat de Franky. Visite, essai routier, négociations, paiement cash ou par virement, tout est ok. Rendez-vous à prendre pour régler l’affaire chez le notaire. Mais…
… nous sommes vendredi et, comme au Brésil, c’est super grand week-end de carnaval jusqu’à mardi soir prochain. Stationnés dans un camping au bord de la Mar Del Plata, une longue période d’attente sans confirmation ni autre information va se passer. Dans nos têtes c’est un peu  « l’embrouille », abandonner notre cher compagnon de route contre une valisette de dollars…
…oui, mais après ?...
…si, si on a déjà quelques idées…
…et puis, cette trop belle occasion inattendue ira-t-elle bien à terme ?
Prenons donc patience quelques jours.
C’est là que nous découvrons un message d’Alberto…
…Alberto ?…
…qui est ce ?...
Sexagénaire, moustache soignée, uruguayen retraité suisse, partage sa vie entre les deux pays et rencontré brièvement il y a quelques jours aux thermes de l’escale précédente. Il se propose de venir nous chercher pour un apéritif dans un vieux manoir local et nous faire découvrir un peu sa région. Agréable moment suivi d’un repas bien de chez nous dans un chouette restaurant français du secteur tenu par des perpignanais. Faut-il aller si loin pour croiser nos voisins ? On aime découvrir les coutumes et les gastronomies locales, mais un lapin chasseur suivi d’une tarte tatin cuisiné avec art c’est bien aussi. Alberto nous conduit ensuite dans sa jolie maison prendre le café et nous dévoiler son musée perso de Sherlock Holmes. Une maisonnette mitoyenne est entièrement dédiée à une incroyable collection d’objets aussi divers que variés chinés à travers le monde rappellent la mémoire de cet illustre personne. Ambiance « british » assurée ponctuée dans un angle par quelques vestiges du Titanic. Avant de rentrer, passage chez quelques amis d’Alberto, français expatriés pour X raisons.
  

 
                                                     Invitation chez Sherlock Holmes

Passé ce foutu carnaval, mercredi, tombe l’e-mail de Sergio notre candidat acquéreur. Plus ou moins attendu il confirme que l’administration uruguayenne ne permet pas l’importation de véhicules étrangers d’occasion sauf à verser une taxe protectionniste de cent pour cent du prix du véhicule, qui plus est, c’est l’administration qui fixe la valeur taxable sans tenir compte du prix entendu !...
…Revenons sur terre…
…nous avons bien un autre candidat dans le secteur qui lui, prétend pouvoir passer outre les considérations de l’administration (corruption ???). Il paye cash mais, seul bémol il n’est pas très généreux. Pas décidés à arrêter notre rêve de voyage pour brader notre compagnon. Aussi contents que déçus, fleur au fusil, il est décidé de ne pas donner suite et tenter la Patagonie et plus encore si affinité.
Juste avant, petite invitation chez un collectionneur de voitures anciennes (les seules à plus de vingt ans et à caractère de collection qui peuvent être importées). Concessionnaire de poids lourds, un soir il nous emmène découvrir son trésor dans une aile discrète de son entreprise. Ce sont sous bâches une vingtaine de véhicules aussi rutilants que prestigieux américains ou européens,  une véritable fortune    qui somnole ici. Entre autres une Ford de 1917 en parfait état de fonctionnement, deux Mercedes hors normes dont j’ai oublié les types, plusieurs modèles US de la grande époque, style Mustang, Chevrolet Camaro, Mercury et autres Pontiac et plus modestement une superbe 404 et quelques Fiat peu courantes. Père et fils  passionnés nous content leur histoire avant de nous raccompagner à bord. Encore un exemple de l’accueil reçu en Amérique Latine alors que nous demandions rien à personne, juste quelques mots échangés devant notre camping-car sur le parking. 
  
Chez Fernando le collectionneur
Avant de quitter l’Uruguay, Franky souhaite refaire la côte nord de la Mar Del Plata vers Punta Del Este assez proche. Un accueil inattendu se profile à Piriapolis, petite cité balnéaire au passé flamboyant. Aujourd’hui, un peu désuet mais néanmoins rehaussé par un tourisme bourgeois. Un port de pêche, une marina rénovée, une jolie plage et un grand parking face mer proche du casino où les oiseaux de passage de notre espèce sont les bienvenus. En l’occurrence, ce sont cinq motor-homes brésiliens qui nous accueillent à l’arrivée. Apéro et quelques aventures à commenter on retrouve vite l’ambiance brésilienne avant une nuit sereine.

                              La tradition brésilienne
               Aujourd’hui, petite balade à pied jusqu’au port où quelques beaux gros lions de mer se font remarquer. Tu les reconnais de suite parmi leurs congénères grâce à leur crinière généreuse qui rappelle les grands félins.
  
                                  Quand le lion de mer pose

C’est un voilier en aluminium qui nous interpelle sur un quai lointain, d’une architecture bien spécifique, à n’en pas douter il vient de chez nous. Curieux, on pousse, à proximité, son nom, « Jason » nous interpelle, souvenir de nos pérégrinations à la voile en Grèce et Turquie. Nous hélons l’homme présent qui nous confirme bien avoir navigué il y a une dizaine d’années en mer Egée. En fait racheté là-bas, ce sont les anciens propriétaires que nous avions croisé. De fait la conversation s’engage rapidement sur les aventures de chacun. Bons navigateurs, d’Europe, Jason tracera vers Panama, la Polynésie puis un retour sur l’Atlantique par le Chili, les canaux de Patagonie et le détroit de Magellan. Chapeau bas pour ce périple dans des mers souvent hostiles. Une soirée « resto » est décidée pour le lendemain. Bon moment de convivialité, les anecdotes s’échangent puis, chacun poursuivra simplement sa route. Dimanche matin, petit tour au marché local et plus loin, découverte du quartier des pêcheurs qui nous font un peu pitié devant leur lieu de vie et de labeur. Habitat, étals, et embarcations tirées à terre témoignent du niveau social de cette tranche de la population à quelques encablures des belles stations balnéaires de cette côte sud d’Uruguay.
     
Pêcheurs uruguayens Bateaux...          Boutiques...                      Habitations
 
Nous rejoindrons justement Punta Del Este la plus huppée de cette côte sud simplement pour raviver le souvenir ce précédent passage en 2014. Rien de mieux que son emblématique sculpture d’une main monumentale ensablée qui semble appeler au secours avant de sombrer à tout jamais et ses kilomètres d’immeubles de verre en front de mer.

                             L’emblème de Punta Del Este

Notons bien que ces errances au sud de l’Uruguay eurent lieux dans le seul but d’éventuellement conclure la vente de Franky. Nos deux candidats ne répondant pas à notre attente, il est exclu de s’attarder davantage dans ce pays fusse-t-il sympathique mais ô combien pauvre en découvertes.
               L’étape du jour sera abrégée suite à un SMS nous informant de l’hospitalisation de notre fils cadet. L’hôtel Suizo à Nouvel Helvetia où Franky avait hiverné en 2015 est proche. Afin d’avoir l’assurance d’une bonne connexion internet et pouvoir ainsi communiquer correctement pour la circonstance, il est décidé d’y faire escale. Bel établissement, parc arboré, piscine, créé par l’arrière-grand-père suisse émigré ici au dix-septième siècle, en compagnie de ses contemporains agriculteurs courageux et hommes d’affaires avisés. Ceux-ci créèrent cette citée aux accents bien helvétiques toujours à l’ordre du jour aujourd’hui. Rolph, le patron d’aujourd’hui propose toujours le gardiennage de véhicules de grands voyageurs plus ou moins « tourdumondistes ». Ainsi, quelques camions d’expéditions allemands et français, un camping-car américain et plusieurs 4X4 bien armés sont au repos.
 Quelques équipages d’outre-Rhin et suisses sont présents. Présentations polies…
…sans plus…
…on sent bien que si tu ne voyages pas avec un gros MAN ou Mercedes 4X4 avec treuil et équipement « DAKAR », à deux cent cinquante mille euros, tu ne peux pas jouer dans la même cour…
…ok, bien compris, chacun chez soi et les vaches sont bien gardées !
On dira, juste un peu choqués après nos rencontres de voyageurs sud-américains.
               Encore une bonne étape vers le premier pont qui enjambe cet estuaire géant qui rassemble plusieurs très grands fleuves qui prennent leurs sources loin là-bas dans la grande Cordillère des Andes et un modeste camping sur les rives du Rio Négro où nous passons notre dernière nuit uruguayenne…
…demain, c’est l’Argentine.
               A très bientôt
  
          L’Argentine, c’est en face.                        Dernier jour en Uruguay

  
                                 A ce dernier camping uruguayen

  
       Là, tu ne grimpes pas à l’arbre !                               Image…
 
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