SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

Janvier 2012. L’optimisme d’un départ début janvier s’embrume jours après jours.
Quelques obligations en Lorraine durant deux mois nous valent un séjour en camping car (français celui là) avec comme point d’orgue une semaine par moins 18° en périphérie nancéenne. Un jour vint néanmoins où, valises et Cie sont enfin bouclées.               
Ce vingt mars fût une grande journée. Dans tout le sens du terme. Réveil à 03h45mn, Robert nous mène avant 6h à l’aéroport de Perpignan pour un vol sur Orly. Navette pour Roissy, puis vol pour Orlando (Floride). Arrivée prévue à 18h. En somme une balade de santé.
Bémol N°1 : Une heure de retard au départ de Roissy…
…pas bien grave.
Bémol N°2 : L’auteur oublie un détail…
… Notre feuille de vol mentionne bien atterrissage à 18h reporté donc à 19h, la subtilité est que si l’heure d’embarquement est bien locale (française) celle d’arrivée aussi…
…donc américaine !...
 …d’où cinq heures de plus dans le Boeing 777…
…arrivée en fait à 00h (heure française), l’équipage de l’appareil nous invite à patienter un moment, vu notre retard du départ, le service des douanes est saturé. Une bonne heure de plus pour satisfaire le service d’immigration qui devra nous accorder six mois de présence éventuelle sur son sol au lieu des trois habituels. Vint la récupération des bagages et joindre l’hôtel. Il est passé 03h du matin du lendemain (heure française).
T’as bien compris, c’est 24 heures non stop !
Au final, peu importe, satisfaits d’être là, nuit hachurée dans un lit « extra King »…
… comprends : deux mètres vingt  sur deux mètres vingt, en gros, quatre places ! Breakfast à l’anglaise, taxi, nous voici à la porte de notre fringant compagnon Franky. Il me tarde de lui reconnecter ses batteries et tourner la clé…
…le top ! Au quart de tour, tel un réveil suisse, nos 275 dociles étalons s’éveillent de concert.
 
        

       
                                            Ambiance 100% « Floride »
                Dés lors, on s’installe pour quelques jours au camping « Tropical Palm », manière de se recaler, nettoyer, vider les valises, remplir la cambuse et préparer la suite. Soleil, nuits douces, écureuils multiples, chants d’oiseaux, piscine et cocotiers, nous avons connu pire ambiance.
   
                   Pour un bon début !                      Le merle bleu vient en voisin

Contrairement à l’été dernier, le camping est quasi complet. Nombre d’étatsuniens du nord et québécois, retraités et aisés, viennent passer un hiver absent,  ici, en Floride. Tous à bord d’immenses camping cars quasi neufs pour nombre d’entre eux. Alignés comme à la parade, le soir, terrasses illuminées façon sapin de Noël, messieurs, chapeaux texans, casquettes US, mesdames, cheveux d’or ou plus souvent d’argent, gonflés laqués, tenues sport, soda gobelet demi litre, chacun use de son temps à deviser devant l’écran plasma XXL installé en plein air dans un coffre latéral du bus. Franky passe déjà ici pour un vétéran bien conservé. Embourgeoisement ou simple envie de détente, nous nous octroyons une troisième nuit avant de poursuivre l’aventure. L’occasion nous est donnée de s’inscrire à une soirée hawaïenne organisée au bord de la piscine. Pour 10$ chacun il nous est servi une assiette garnie…
…à l’américaine…
…mixage plus ou moins heureux de crudités aigres douces, chair de mandarine mêlée à de petits chamalows,  viande rôtie mangeable,  viennoiserie baignant dans la sauce salade l’ensemble dans la même assiette ! Un groupe de jazz distillait une agréable ambiance pas forcément très hawaïenne. Les danseuses des prospectus brillaient par leur absence. Un peu déçus, nous patienterons par politesse. Fini l’entracte, nos jazzmans relance l’intro, l’équipière jubile à l’entrée en jeu d’un athlète hawaïen peu vêtu, prélude à l’arrivée sur scène de deux jeunes et charmantes vahinés, hibiscus aux cheveux, collier de fleurs, chorégraphie exotique et …

… suave…
... D’instinct s’éveille  la gente masculine. Gente, rappelles toi, tempes « platinium » et abdomens souvent en rapport avec leur compte en « stock-options » !
Pour agréable que fut cette fin de soirée, l’équipage cherche encore sa place dans cette air de série télévisée « camping paradise ». Pas venu jusqu’ici pour ça, le lendemain, plus sérieusement, nous reprenons notre route vers d’autres horizons.
                    
                             Pâtisseries pascales fluo, nous sommes bien aux USA
 
      Comme à l’accoutumé, petites foulées requises, moteur 1500 / 1600 tours, tranquille, nous prenons notre rythme de croisière pour un petit crochet vers le sud alors que notre route est franchement ouest. Il faut se souvenir qu’en fin de séjour 2011, une révision de la génératrice avait été exécutée à Fort Mayer. Une anomalie m’était apparue les jours suivants. Une barre de protection n’avait pas repris sa place. Veille de reprendre l’avion, c’est par courriel que j’avisais l’entreprise qui s’excuse et en convient. Rendez vous fût pris pour notre retour en 2012. Aujourd’hui, attendu, la pièce soigneusement rangée vient reprendre sa place en quelques minutes.
                Dés lors, route inverse et enfin cap à l’ouest. Environs 600 kilomètres d’autoroute, manière d’avancer un peu dans ces zones déjà connues, puis routes secondaires aux travers des immenses vergers d’agrumes, oranges, citrons, pamplemousses, mandarines, etc.… . Le midi du lendemain, stationné en bordure d’une plantation, je tente un brin de causette avec les cueilleurs. Cubains, mexicains ou centre-américains, souriant aimables et complaisants, nous échangeons tant bien que mal quelques bribes. Notre espagnol nous fait défaut. Le pilote d’un tracteur m’offre spontanément une brassée d’oranges.
   
                                   La récolte des oranges en Floride

Dimanche, treize heures, ces ouvriers agricoles quittent l’exploitation. Ciel d’ardoise, un orage aussi violent que bref passe. Les soirs suivants, quelques campings rustiques de « state-park » nous accueillent en milieux naturels. Le chant d’un merle bleu agrémente un vol de papillons le temps d’une courte balade dans la forêt dense. 
                Un petit crochet en fin d’une après midi nous conduit à un bivouac bien sympa découvert  l’an dernier. Bord de mer, extrémité d’une bourgade lacustre, calme assuré, ce sera lecture sur plage manière d’étrenner notre dernier investissement à savoir deux chaises longues relaxes moelleuses à souhait. Au XXIème siècle, l’aventure peut aussi avoir sa version « pullman » ! Le soir venu, c’est coucher de soleil sur l’horizon sur le pas de la porte.
Rentrés à bord, on frappe…
… surprise, c’est Georges Bo Fender, solide fermier sexagénaire chapeau texan, âme cow-boy s’il en est, il nous avait déjà rendu une visite tonitruante  l’an dernier, il a reconnu ces deux français dans un camping car similaire au sien. Quel entrain le bonhomme ! Il tient à tout prix que nous passions à son ranch de 3000 ha en Géorgie. Nous pouvons nous installer pour le temps qu’on veut dit il avec eau électricité etc., répétant indéfiniment « no money, no money  » !!! Producteur de coton et de maïs, nous imaginons bien l’ampleur de l’exploitation. Par politesse, nous laissons entendre que « peut être », mais la Géorgie situé sur la côte Est des USA au nord de la Floride, c’est vite deux milles kilomètres aller et deux milles retour. Nous regretterons de ne pouvoir donner suite car notre route est  vraiment à l’inverse, c’eut été certainement une belle expérience.
                Jours après jours, nous remontons l’est de la Floride par la côte du golfe du Mexique, marécageuse au début, l’extrême nord ouest se pare d’un sable fin d’un blanc éblouissant. Dés lors, palaces et propriétés au luxe ostentatoire occupent l’espace. Inutile de chercher, routards et voyageurs au long cours n’ont pas leurs places. Faute de mieux, notre escale du soir se passera sur un parking de grand magasin. Au matin, une petite route littorale tout juste posée sur une étroite  langue de sable immaculée, altitude zéro mètre vingt, nous laisse découvrir enfin le joli spectacle d’un rivage dunaire original. Vulnérable et exposé, aucune constructions n’est possible ici. La blancheur neigeuse remarquable nous fait stopper un moment. L’équipière prélève un petit sachet  de ce sable curieux en souvenir du lieu. 
    
                                         Neige ? Non sable blanc

Bientôt, entrée en l’Alabama, sans grand intérêt, puis vient l’état du Mississippi et retrouvons avec  un peu de nostalgie la Louisiane. Région que nous apprécions tant pour sa faune et sa flore que pour ce peuple au passé douloureux, encore en souffrance aujourd’hui pour beaucoup. Peuple refoulé, il y a quelques siècles où, ici, ne régnaient que moustiques et alligators dans ces forêts marécageuses. Parcourue en tous sens l’an passé, nous ne nous attarderons pas. L’Amérique Latine est encore loin.
 
              Les ponts du Mississippi                                      Entrée au Texas
 
L’asphalte se déroule maintenant au Texas, état immense,  riche et peuplé, surtout dans l’Est, sans grand intérêt touristique, nous traçons des jours durant notre route à l’ouest. Quelques tortues kamikazes tentent de traverser les routes et passent ainsi à trépas jonchant les abords de leurs carapaces brisées  en compagnies de quelques tatous tout aussi malchanceux. Un matin, en bord de route notre attention est attirée par un volatile plutôt inhabituel. C’est une dinde sauvage. Un peu surprise par ce gros véhicule qui s’arrête à sa hauteur, elle prend vite son spectaculaire envol. C’est la troisième fois que nous observons ces dindes sauvages, nous regrettons de n’avoir pas encore vu de mâles. Un dindon qui s’envole, serait une belle image.
   
               Dinde sauvage                                    Ranch texan 
Si prairies et ranchs démesurés sont bien présents, le début nous offre des paysages plutôt forestiers ponctués de moyennes exploitations avec parfois, ô surprise, bosquets, haies et clôtures rappelant notre Lorraine lointaine ! Certains  soirs, l’occasion nous sera donnée de faire quelques escales en campings modestes en bord de lac. Il est à noter qu’en Amérique du nord, il est quasiment impossible de s’approcher des rives des lacs ou rivières pour y stationner même pour un pic nic du midi. Propriété privées, clôtures ou végétation en interdisent l’accès. Les américains sont contraints de payer un droit d’entrée dans les zones de pic nic autorisées ou prendre une place camping en bordure de plans d’eau. Les campings sont nombreux et souvent confortables, les zones pic nic propres et bien équipées certes, mais bon…
…payer pour casser la croûte…
…pas super cool pour les nomades au long cours.
Ces temps ci, beaucoup de route, seules des myriades de fleurs des champs qui s’offrent sans compter aux jolis papillons infidèles relèvent un peu notre esprit de découvreur écolo.
   

   
                                            Fleurs des champs 

Les escales alternent entre parkings commerciaux, quartier tranquilles de moyennes bourgades et campings, parfois quelconques lorsqu’une connexion internet de bonne qualité est nécessaire. Une fin d’après midi nous fait traverser un petit centre ville au caractère de Far-West apparemment bien trempé. Il nous tente de s’arrêter pour voir un peu plus en détail. Si l’architecture du quartier affiche bien ce cachet authentique, hormis une belle boutique d’artisanat et mobilier texan, quatre vingt dix pour cent des échoppes de la place sont en total abandon. Un sentiment de ville morte plombe l’ambiance. Curieusement, en périphérie, centres commerciaux, restaurations rapides et autres s’activent en tous sens. Pas vraiment touristique. Les étatsuniens faisant tout en voiture, seule la périphérie survit. Faute de faire vingt mètres à pieds dans leur vie quotidienne, ce petit centre pseudo historique semble bien mort né.
                Les jours suivant, la végétation se transforme en terres arides maquis desséchés, immensités balayées par le vent où seuls dépassent des broussailles quelques puits de pétrole disséminés ça et là. Les campings du coin sont plutôt destinés au personnel de ces puits ; quelques passagers sur la route de l’ouest y passent comme nous une brève nuit. Le charme manque pour s’y attarder davantage. Aujourd’hui, l’impression de voir double !...
…à nos coté, un véritable frère jumeau de Franky. Le tout même ! Sauf un détail important, nous en sommes étonnés, il ne comporte pas d’extension. Le propriétaire viendra observer à bord le gain de surface habitable extraordinaire  acquit par cette option. Il est rare de trouver deux modèles identiques. Ces véhicules pour nombreux qu’ils soient sur le continent américain, doivent être construits en petites séries, ainsi, si les bases sont souvent les mêmes, options et déco varient à l’infini.
           
                                               Les jumeaux
 
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