SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

Suite Costa Rica

-Aujourd’hui, petite étape jusqu’à le Finca Piémont. Pierre, vieux biologiste québécois, après avoir roulé sa bosse sur tous les continents s’est retiré ici, produisant parcimonieusement et de façon plus que bio un peu de bananes, ananas et  cacao. Inépuisable, l’encyclopédie de ses connaissances, aussi variées que précises, ponctuées de quelques partitions nébuleuses va transformer la visite prévue de trois heures en un jour et demi. Curieux, nous découvrons enfin à quoi ressemble un cacaoyer chargé de ses cabosses renfermant les précieuses fèves. Pour la petite histoire, nous voici à récolter bananes et cacao pour notre consommation.
  
                                         Récolte du cacao


                                   Fleur de vanille

 La production de Pierre reste anecdotique, plus passionné par l’art et le respect de l’environnement que par le profit. Vivant en quasi autarcie, il poursuit inlassablement ses recherches de connaissances. Nous y découvrons aussi des plans de vanilliers dont une fleur s’est ouverte dans la nuit. Curieusement, la vanille étant une orchidée, sa fleur ne dure que vingt-quatre heures et qui plus est, elle est fécondée par un papillon nocturne. C’est ainsi qu’en production commerciale, la pollinisation s’effectue manuellement. Inutile de préciser que le délicat parfum suave de la gousse présentée par Pierre reste incomparable.
  
                                                              En bordure de route   
 Tardant de quitter notre ami biologiste pour accéder à notre prochain bivouac, nous voici un peu à pédaler sur la route côtière. David, Orlane, leurs enfants et leurs parents trouvent un petit motel sympa tenu par un couple de français. Parking modeste, nous ferons deux cent mètres de plus où une courte piste nous conduit chez Philippe, toulousain, parachuté ici il y a moins de six mois, décidé à changer de vie. Vendeur de poids lourds, costume cravate, le voici dans une petite clairière gagnée sur la jungle avec une simple palapa en feuilles de palmes comme office d’un restaurant et une cabane comme habitation. Quelques tables de ci de là, une petite piscine en ciment bleu et un parking pour nous accueillir gracieusement. Autour, ce ne sont que palmiers, bananiers, broméliacées et orchidées agrippés aux arbres,  héliconias et strelitzias à profusion animés par quelques singes hurleurs, toucans, perruches, colibris et oiseaux multiples. Un lieu savoureux pour se ressourcer au vert.

   

  
              Chez Philipe                                    Nids de casite de Monteza

Voisin du parc national de Cahuita, le lendemain, nous décidons d’une « randonnette » gentille sur le sentier maritime du parc. Quelques observations modestes un estuaire à franchir un peu folklo, un bel iguane vert plusieurs crabes bleus, voici pour cette fois.

  

  
                               Au parc national de Cahuita  
La surprise sera de retrouver par pur hasard nos chers amis et camping-caristes québécois rencontrés au Guatemala au lac Atitlan. Plus pressés que nous, ils remontent déjà du Panama, point sud ultime de leur voyage. Il va s’en suivre deux super soirées chez Philippe à déguster crevettes et marlin sauce coco, amuses gueules et fruits rafraichis offerts par la maison. Richard ancien mécanicien d’une gentillesse sans pareille va m’aider efficacement à dépanner notre extension qui refusait depuis quelques jours d’obéir à nos ordres.  
  
                           Retrouvailles de nos amis québécois 

                Courte étape pour nous le lendemain jusqu’à Manzanillo dernier village de cette côte caraïbe avant une  frontière secondaire du Panama (que nous ne passerons pas). Beau bivouac en arrière d’une plage, petite baignade avec en soirée agréable ballade par un sentier côtier avec à nouveau un estuaire à franchir. Plus modeste que la veille, passé, nous découvrons une succession de plagettes désertes bordées de cocotiers pieds dans l’eau, de véritables décors de Polynésie.
  
                                                     Cocotiers et plages désertes

                Ambiance caraïbe vécue, fort bien reçus par certains, les autochtones d’une culture jamaïcaine marquée, nous semble parfois plus réservés quant au sentiment de bienvenue chez eux. Une forte ségrégation des siècles passés de ce peuple de couleur issu d’un lourd esclavagiste marque une différence nette avec les  « ticos » du centre du pays et de la côte pacifique. Même observation en termes de standing de vie. Alors que le reste du Costa Rica affiche souvent belles maisonnettes, jardins soignés, belles voitures et commerces proprets, ici, force est de constater une différence  notoire à certains moments.
                Manzanillo, cul de sac du fin fond sud-ouest du pays, bout du bout, nous faisons donc route inverse en direction des montagnes centrales. Un peu d’air frais sera salutaire après les chaleurs humides et étouffantes des jungles et marais divers traversés depuis notre expédition de Tortuguero. En cours d’après-midi, un bivouac dans un parking de bus nous est accordé après pas mal de palabres et dix dollars. Contents car juste après la route grimpe sérieux et la nuit arrive dans moins d’une demi-heure…
…sauf que…
… le garde revient finalement nous dire que pour le véhicule, c’est OK mais nous ne pouvons pas rester dedans ! Il nous envoi à l’hôtel…
…re-palabres…
…en vain, nous exigeons le remboursement et quittons les lieux. Un chauffeur de bus avait indiqué un parking en ville proche et voisin du bureau de police. On suit ses instructions, un détail a dû nous échapper. De parking, point. Chance, avant la sortie de la ville un petit atelier de menuiserie dispose d’un espace suffisant. Le patron retire son véhicule que nous pousserons car il refuse tout démarrage et nous souhaite bienvenue. Il prend plaisir à visiter Franky, on lui offre une petite tout Eiffel. La nuit est noire. Soirée resto à cent mètres car nous avions besoin d’une connexion internet. Patron adorable, nous sommes choyés comme pas possible, ceci pour un simple plat de  « pastas aux camarones » (spaghettis aux crevettes).
La veille, en entrée de ville nous avions remarqué un immense jardin botanique. Ce matin, on s’accorde quelques heures pour voir cela avant de reprendre la route. Bien tenu, fleurs et arbres tropicaux nous émerveillent un long moment assortis d’oiseaux multicolores notamment un superbe spécimen affichant une palette des bleus les plus intenses (Nous ne l’avons pas encore identifié) . Quelques toucans apparaîtront brièvement. 
   
                                                                     Au jardin botanique
 
  
                                            Belle rencontre

 Ensuite nous reprenons la route vers la vallée d’Orosi proche des deux mille mètres d’altitude. Ici, d’après mes informations il était possible avec un guide local d’aller observer dans la « forêt de nuage » des quetzals. Oiseau aussi rare que mythique, porté aux nues par la civilisation Maya pour la splendeur de leur plumage. Leurs deux immenses plumes caudales associent l’espèce à leurs lointains cousins, les oiseaux de paradis survivants vers Bornéo et les environs. Un bivouac chez un suisse installé comme boulanger sera assez hard à atteindre. Petit pont usagé large de deux mètres cinquante (Franky fait 2,55m !) demi-tour en ruelles, grimpette caillouteuse en marche arrière pour accéder à un portail à quarante-cinq degrés large de deux mètres soixante ! Une suée mémorable plus tard nous étions en place dans un beau jardin fleuri et colibris en fête. Vallée dédiée à la culture du café, la déforestation à fait son œuvre et on nous indique que pour observer des quetzals, mieux vaudrait se rendre au Cerro de la Muerte, parc national dans la chaîne montagneuse suivante. Déception mais village agréable, nous restons une nuit supplémentaire afin de répondre au courrier en retard et faire lessive et diverses bricoles.


  Transport en commun du personnel agricole

Nous reprenons donc bientôt la route. Celle-ci nous conduira au plus élevé passage de la Panaméricaine du Costa Rica un peu au-delà des trois mille quatre cent mètres. Baptisées « forêt de nuages », t’as vite compris ce qui t’attends là-haut. Les alizés d’Atlantiques apportent l’humidité de la mer, l’altitude retient la masse  nuageuse, la relative fraîcheur condense cela et neuf fois sur dix, tu te retrouves avec un cocktail de pluie battante, d’épais brouillard et de nuages volages. Moyenne, entre quinze et vingt à l’heure sur une route cabossée fréquentée par moult camions géants ou véhicules sans phares ! Conduite tendue durant quelques heures, grand parking d’altitude, on marque un arrêt…
… Continuer ou pas ?...
…je me dégourdis les jambes un court instant et décidons malgré tout de poursuivre jusqu’au  « Paraiso des Quetzales », hôtel cité dans notre guide et relativement proche. A destination, un grand panonceau indique de prendre la petite piste présente sur un kilomètre…
… Piste de montagne…
…on y réfléchit à deux fois…
… pas trop envie de poursuivre la route pour trouver quoi de mieux ?...
… Franky s’engage…
…Tout ira bien au début pour, dans le dernier tiers descendant, nous réserver deux bons virages courts en « S » bien ravinés. Nous atteindrons tant bien que mal le terre-plein de cet hôtel  aujourd’hui, dissimulé dans la forêt dense. Le gérant nous autorise à dormir là pour dix dollars et nous confirme pouvoir nous proposer un guide demain matin pour aller observer des quetzals. Temps chagrin légèrement remis, on découvre un environnement pour le moins nature. Agrippées au relief, les chambres sont comme souvent ici, des « cabanas » (bungalows), disséminés dans la jungle. Une multitude de chatoyants colibris virevolte autour des hibiscus attirés aussi par quelques abreuvoirs. Rendez-vous est donc pris pour six heures avec le guide.
 


                                        Furtifs colibris
 

Là, petit soucis, Françoise, mauvaise nuit, fort mal de tête, (altitude ?) et douleurs au ventre déclare forfait et souhaite néanmoins que j’aille seul tenter cette observation. Un couple d’allemand se joint à moi et nous voici à crapahuter dans le relief détrempé mais sous un lever du jour assez serein. A courte distance, le guide cherche un moment en vain, un quart d’heure plus tard, il marque le pas, imite le chant de l’oiseau et cherche parmi les hautes branches. Il va siffler ainsi un moment sans bouger quand soudain…
…l’oiseau de paradis, dans un vol majestueux, zèbre le sous-bois pour se percher à mi-hauteur d’un grand avocatier. Discrètement, zoom en batterie, j’immortalise l’instant précieux. Au final, trois autres quetzals resplendissants aux rouges, turquoises et verts éclatants  s’ébattent sous la canopée. Ils s’approcheront même suffisamment, permettant nombre de clichés sublimes.  Nous regrettons  pour toujours de ne pas être ensemble pour cet instant magique. Au retour, partiellement rétablie, au vu de la courte distance à parcourir, nous repartirons ensemble à ce lieu d’observation. On y retrouve notre guide en compagnie d’un groupe de touristes, mais malgré ses appels répétés, les quetzals resteront absents.
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