SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

SUITE CANADA – PROVINCE DU QUEBEC (2ème)

Au petit déjeuner du lendemain c’est un grand pic qui nous tient compagnie. Un grand cousin de notre pic-vert européen. Vigoureusement il frappe une vieille souche, la forêt en résonne longtemps, pas farouche, nous l’observerons un moment.

 
 
                Le grand pic                                                 Lys boréal  
               En cours de matinée, par la 117, nous progressons vers le centre de la réserve, pour l’escale du repas, nous tentons une route secondaire qui nous mène à un bel espace, lisière de forêt et berge de rivière large et courante. Une tourbière s’étend  en rive opposée, elle ajoute une belle note d’authenticité au décor. Vraiment très bel endroit pour s’installer le midi seulement car rappelons le, interdit de dormir en extérieur des campings dans les parcs. Une flottille de canoéistes randonneurs va jouer son spectacle. Un rapide immédiatement en aval n’est guère praticable, chaque équipage devra mettre pied à terre, transporter matériel et canoës par la berge et se remettre à l’eau ensuite. Certainement une belle aventure à vivre dans la nature vierge de ces régions.

 Une escale agréable 

 
                                                        Rando canoës

Le soir nous conduit à un camping rustique fréquenté par des pêcheurs locaux. Une petite balade nous fera découvrir un tétras du Canada. Peu farouche, la belle (c’est une femelle) se laissera photographier longuement à plusieurs reprises. Des orchidées tapissent à nouveau le sous bois en arrière du véhicule. La soirée sera agréable autour du feu de camp. Nuit paisible par calme olympien. Au départ, vidange et plein d’eau sauf que, renseignements pris, nous apprendrons qu’en ces campings rustiques isolés de tout, l’eau est simplement pompée dans les lacs. Il va sans dire qu’aucune forme de pollution ne soit à craindre mais le qualificatif de potable n’est pas de mise. Les intestins de mon équipière étant parfois belliqueux, pour la boisson, nous avons toujours en stock nos trois bombonnes de vingt litres et un pack de six maxi. Quelques kilomètres de pistes nous séparent de la nationale. A trente à l’heure, facile d’être attentif aux détails du décor environnant. C’est bien ainsi qu’en limite de forêt, une dune de sable courait parallèle à la piste, des écorchures dans le sable lustré par le vent m’interpellent. Coup de frein immédiat, quelques mètres en marche arrière, faut voir de plus prés. Précautionneusement je sors du véhicule surveille de droite de gauche d’avant et d’arrière l’absence d’intrus ; persuadé d’être en présence de traces fraiches de pattes d’ours. Aucun doute, à y regarder de prés, l’animal nous a précéder de peu il a signé son passage bien marqué dans le sable encore humide. Satisfait de notre découverte, nous nous gardons bien de le suivre dans le sous bois sombre et reprenons notre route en petites foulées.
 
                         Traces fraiches d’ours                                        Impressionnant                     
La 117atteinte nous progressons toujours vers le nord. Quelques propriétés agricoles  nous offrent diverses variantes dans le décor. A l’extrémité d’une étendue labourée, Françoise prétend apercevoir des animaux bizarres. Stationné sur le bas côté, aux jumelles, on distingue effectivement quelques choses. En fait il s’agirait d’un groupe de grues du canada. Oiseau de forte corpulence presque une petite autruche remarqué dans un ouvrage consulté en bibliothèque. Et voici le chef de bord  à crapahuter à travers les labours, largement à découvert et confiant vu la distance. Un bosquet à mi parcourt m’inviterait à me dissimuler mieux pour l’approche. C’était sans compter avec la méfiance et l’œil perçant des volatils qui décollèrent de concert à ma grande déception. Juste le temps de zoomer maxi au jugé sur l’envol afin de conserver un piètre souvenir de l’événement.   
Val d’Or nous détournait un peu vers l’ouest de notre itinéraire, mais sur la carte, nous comprenons bien que sur les quatre cent kilomètres suivants, un seul modeste village isolé en forêt est attendu hormis une réserve indienne. Mieux vaut  assurer les pleins et essayer de se connecter sur le net pour prendre et donner quelques nouvelles. A noter au passage que nous réceptionnons ainsi notre courrier de France scanné à Besançon par Séverine que nous remercions vivement ici pour son dévouement et sa compétence. L’imprimante du bord assure les réponses nécessaires. De temps à autre, des photos de nos doudounettes (Cléa, bientôt 3 ans, Donna et Charlie les parisiennes, 8 et 3 ans) nous font bien chaud au cœur. Associé à cela, Skype, logiciel de téléphonie par Internet nous permet en présence d’une connexion de téléphoner dans le monde entier quasiment gratuitement sur les numéros fixes et pour quelques centimes sur les portables. Dans chaque bibliothèque municipale, Internet est disponible en Wifi  gratuitement au public, la diffusion couvrant généralement le parking, c’est souvent à bord que nous pouvons utiliser le génial système.
A l’entrée de la ville, le poste d’information touristique nous renseigne des possibilités offertes. Ancienne cité minière, premier reflexe d’ex lorrains, venir jusqu’ici pour ça…
… Sauf qu’il s’agit de mine d’or, ça change la donne ! Un musée dans une ancienne mine avec descente en galerie est possible, sauf que, fermé le week-end. Adieu pépites  et bas de laine ! La variété des commerces locaux ainsi qu’une station de propane nous permettent de compléter nos réserves. Un parking de supermarché est même équipé d’une station de vidange des eaux usées de camping car et caravanes. Françoise propose de vider le réservoir d’eau non potable et ainsi en renouveler le contenu.
Bonne idée, sauf que…
… réserves complètement vides, je connecte mon tuyau au robinet quand une sorte de cabochon sur la tête de celui-ci m’explose à la figure inondant le bonhomme et le parking. Chance, il est toujours possible de fermer l’eau. Pantois, douché et surtout réservoirs d’eau complètement vidés, me voici frais. Etalés sur le parking, caisse d’outils et matériel de fortune vont m’occuper une petite heure devant les regards étonnés des passants afin de réaliser une réparation de fortune et remplir coûte que coûte nos réserves.
La superbe bibliothèque municipale nous autorise une connexion Wi fi gratuite sur le parking. Nous apprécions. Un petit camping nous avait été indiqué près de la mine. Impossible à trouver. En fouinant comme à notre habitude, des emplacements goudronnés, bien horizontaux, dans la verdure nous tendent les bras ; on s’installe. A mieux y regarder, les places étaient numérotés, un robinet individuel était présent, nous étions sans le savoir au fameux camping. Aucune inscription, personne ne viendra se manifester, deux nuits royales à deux pas du village des mineurs bien conservé par le service du patrimoine québécois. Tout un quartier d’anciennes maisons en rondins d’époque construites pour les mineurs venus des quatre coins de la planète. En lisière de forêt s’élevaient les bâtisses des propriétaires prospecteurs et dirigeants, le tout assorti de panneaux explicatifs relatant les us et coutume de cette période faste des chercheurs d’or.
               Décidés à faire route vers le grand nord canadien durant la belle saison, on nous suggère les territoires de la Baie James, dernières étendues sauvages accessibles par la route avant le Nunavut immensité glacé du peuple Inuit. De toute évidence, ces contrées nous intéressent  au plus haut niveau. Toutefois, nous devrons composer. La dernière route s’enfonçant droit au nord jusqu’aux rives de la fameuse Baie James sur la baie D’Hudson s’ouvrant sur l’Océan Arctique est encore asphalté mais pour s’en ressortir sans revenir sur ses pas (c’est vite 600km aller et 600 retour !)Il n’existe seulement qu’une piste à camions  en gravelle caillouteuse sur environs trois ou quatre cent kilomètres. Là, tu y regardes tout de même à deux fois… Nous opterons pour une option intermédiaire. La 113 orienté nord-nord-est sur 360 km nous séduit pour les contrées traversées. Peu de civilisation, une seule bourgade à mi chemin, forêts et lacs ininterrompus, la réserve indienne de Waswanipi, tout cela était prémonitoire de découvertes.
           
                 Drôles de panneaux en attendant les kangourous !

Tous les pleins faits, (c’est tout de même 400 l d’eau et 400 l de gasoil) toujours en petites foulées, on se satisfait rapidement de notre choix, bonne route et aucune circulation ce qui permet à l’équipage de scruter le paysage voire à piler net debout sur le frein comme ce jour là en présence d’un magnifique orignal attardé à brouter en clairière. Douze tonnes, tu ne bloques pas sur place et le temps de revenir au galop appareil en main, l’hôte n’a pas souhaité patienter. Dommage, ce sera pour le prochain. Un peu plus tard, le deuxième, itou ! Alors, désolé mais pas de photos d’orignal pour l’instant.

  
       
        Entrée en Baie James         Panneau "stop" en Cree !!           Bienvenue à Waswanipi
 En cours d’après midi, nous atteignons sans peine le petit bourg de Lebel sur Quevillon seul lieux habité de la route. Très coquet village dans une vaste clairière, un parking accueillant au bord d’un lac et des bernaches comme compagnes. Nuit paisible et joli lever du jour tout enrubanné de brumettes légères.
     
   Oies Bernaches                                Au petit matin dans les territoires de la Baie James
Un petit bureau d’info local nous fournit quelques précisions sur les réserves d’autochtones situées sur le territoire. Ceci manière d éviter quelques maladresses  face à ces peuples aux coutumes ancestrales à mille années lumières de nos mœurs occidentales. Le bitume se déroule imperturbable au milieu de ces milliards d’épinettes. A cette latitude, c’est l’espèce de résineux la mieux résistante aux conditions hivernale mais au fil de notre progression, nous les observons de plus en plus maigrichonnes. De grandes perches squelettiques  s’élevant droit comme des « I » vers le ciel pur, un petit toupet gris vert au sommet tout le reste est quasi sec ou moribond. Il est à noter qu’en hiver, le mercure flirt couramment les moins trente, moins quarante. Sinon beaucoup de lichens aux tons variants, synonyme d’absence de pollution industrielle, le sol est tapissé  de fougères à perte de vue, fraises des bois et myrtilles tapissent le reste. L’ensemble présente un décor assez spécifique et non dénudé d’intérêt.


                                            Belle halte en  forêt boréale
 
                                                           Avant la toundra, la forêt d’épinettes.
 
Halte !!!...
…Les deux pieds sur le frein 
__ Là, à droite il y en a un…
La vaisselle se chevauche, les conserves s’entre mêlent, les bouteilles surmontent l’épreuve, seul mon placard de documents d’affaires joue les filles de l’air dans la chambre…
…Cent mètres pour stopper, petite marche arrière, il est là, énorme, noir d’ébène, Il s’étonne, impressionné par Franky il recule nerveusement entre souches et broussailles s’interroge à nouveau puis, visiblement contrarié disparaît dans le touffu…
… Magnifique spécimen d’ours noir mâle. Le temps de cadrer sommairement,  d’appuyer sur le déclencheur, le scoop photo sera pour une autre fois. Tout s’est passé très furtivement mais nous gardons à jamais l’image de cet animal sauvage maître dans son milieu, pataud et si agile et nerveux à la fois. Mieux vaut ne pas être sur sa route de retraite à ce moment là. Photo ratée mais comblés d’avoir observé cette scène et satisfait d’avoir choisi cet itinéraire isolé où la nature à conservé ses droits élémentaires.
Quinze heures environ, un pont métallique enjambe une majestueuse rivière large comme deux fois la Loire, l’eau est vive elle dévale entre les roches qui affleurent, la forêt, toujours elle encadre l’ensemble d’un décor des plus grandiose. L’absence de circulation nous autorise à stopper net sur le pont. En rive gauche, à bonne distance on devine à travers la végétation un campement de plusieurs tipis ces tentes indiennes qui ont tant alimenté l’imaginaire de nos lointaines jeunes années. Une douce fumée  s’élève aux cieux à travers la densité de la végétation relevant ainsi l’atmosphère du lieu. Tu as beau t’y attendre un peu, tu sais que ça existe, mais quand t’arrives là, ça te bouscule grave , n’oublions pas que nous ne sommes pas à Disneyland ! Une piste mène au campement, nous hésitons à l’emprunter, voyons d’abord, s’il vous plait, pas de maladresses grossières de voyeurisme déplacé.

               T’as beau t’y attendre, une vue comme celle là, ça « bouscule » un peu ! 
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