SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

La veille de leur départ, on remet le couvert chez nous et passerons encore une mémorable soirée avec leurs amis ainsi que les voisins Vincente et Sonia. Rosane et Carlito repartis, c’est Vincente qui prend le relais pour communiquer avec le concessionnaire et nous rapporter les infos. Une semaine semble nécessaire avant de repartir. Durant ce temps, des voyageurs allemands nous informent de l’impossibilité de renouveler leur visa de trois mois. Via internet, de multiples infos contradictoires circulent sur le sujet. Même le site officiel entretient un certain flou. Ce sont Sonia et Vincente qui nous emmènent en voiture à la Police Fédérale de Florianópolis afin d’avoir la bonne info. Bâtiment ultra moderne, escalier central monumental en marbre, Sonia s’enquête. Le préposé se contente de nous renvoyer au bureau de  l’aéroport international. Là, Sonia repose la question. Nos passeports sont minutieusement décryptés pour finir par une réponse aussi évasive qu’imprécise. Le chef explique que depuis quelques temps pour certains pays (comme la France) il n’est non seulement plus possible de renouveler le visa mais une sortie de six mois est nécessaire pour en obtenir un nouveau. Mais, laisse-t-il entendre, dans les trente derniers jours, là où nous serons, faites une demande. La réponse étant à l’appréciation du fonctionnaire en fonction de divers facteurs qui…
… nous échappent…
 …un peu bizarre…
… en prime, il essaie de nous faire observer que le passeport de Françoise présenterait une anomalie. Mélangeant nom de jeune fille, nom d’épouse et prénoms il prétend que cela peut correspondre à deux personnes distinctes ! Il nous conseille vivement de nous procurer un acte de mariage pour lever le doute. Merci à Bertrand notre neveu maire de Malzéville (54) pour l’envoi rapide du sésame. Avec Sonia et Vincente, nous rentrons un peu dépités. Néanmoins, il nous reste encore plus de deux mois disponibles, donc pour l’heure, « qui vivra verra ! ». Paraîtrait que dans les provinces du nord, ils seraient moins regardants.  
                Ce matin, d’une berline blanche, un homme se présente, c’est Didier, Français expatrié installé à Barra da Lagoa tout près d’ici. Connu par le biais de forumvoyage.fr, nous faisons plus ample connaissance. Marié à Chris, agréable brésilienne, papa d’une petite Océane, nous voici rapidement invités à la maison. L’endroit ne manque pas de charme, en bordure du canal de la lagune, verdure fleurs et plantes aromatiques, Didier nous soulève un petit voile de sa vie dans son petit paradis. Sardines grillées, quelques saucisses et viande de porc au barbecue, la convivialité brésilienne ne fait pas défaut. Fin d’après-midi, ensemble, nous repassons par son ami le pêcheur de crevettes qui vient de rentrer. Homme souriant et affable il s’étonne un peu de notre parcours, Didier explique pendant que Juan fouille dans sa pêche du jour pour nous offrir deux belles lottes, une grosse limande et quelques crabes. A notre étonnement, il nous dit que les lottes ne sont pas consommées dans la région, il les rejette à la mer non sans en avoir prévues quelques une pour son copain Didier. Peu de crevettes à cette saison, il vend aux restaurateurs du coin petits colinots et encornets. Raccompagnés au camping, Didier fait connaissance de Vicente et Sonia, il est vite convenu que ce sera une paella pour mardi à Barra da Lagoa !

 
                              Didier, Océane et Chris par une belle journée

Durant ce temps, pompe à gasoil remontée, il s’avère que la pompe à injection présente une anomalie. Déposée, elle est envoyée pour examen et remise à neuf. Dès lors, fleur au fusil, direction Bara da Lagoa pour la paella  de Didier. Généreuse en fruits de mer, bien cuisinée, elle régalera les palais de chacun. En guise de digestion, c’est avec le voisin de Didier que nous embarquons pour une petite virée en bateau découvrir quelques secrets de ce canal de jonction jusqu’à la lagune. Belle après-midi, merci encore Didier.
Curieusement, le vieux bateau bricolé est propulsé par deux moteurs électriques et piloté par une télécommande de modèle réduit ! Le pilote a donc tous loisirs de se joindre à nous en ne gardant en main que son petit moniteur. Un moteur diesel vibrant tel un shaker est sollicité de temps à autres pour soulager. Un arrêt dans une petite crique d’eau claire est mis à profit par le skipper qui doit plonger régler un petit souci au gouvernail. Nous sommes rassurés d’être dans une lagune plutôt qu’en pleine mer par vent portant au large ! Au final, belle balade au cœur d’un Brésil authentique. Fin d’après-midi, nouveau passage chez Juan, le pêcheur, d’où nous repartirons avec quelques jolis crabes et plusieurs kilos de colinots que nous partagerons au camping.
Le jour suivant, c’est la plage de Joaquina qui nous titille. Le genou de Françoise se faisant presque oublier, d’arrêt de bus en arrêt  de bus, nous marcherons une petite heure pour atteindre le but en même temps que le fameux bus que nous ne manquerons pas de prendre pour le retour. Si plage, jus d’ananas et bikinis brésiliens satisfont, l’équipière paiera comptant le lendemain l’épopée. Quelques massages soulageront et un premier contact est adressé à notre mutuelle assistance en prévision d’actes médicaux éventuels.

 
                              Pratique du surf sur les dunes de Florianopolis
 Un peu de repos, la venue d’Eric et Bernadette, un couple français sympa en goguette à bord d’un pick-up / cellule va dissiper un peu nos misères. Originaires de Leucate, autant dire des voisins titulaire de la double nationalité franco-chilienne, ils partagent leurs temps entre notre belle France et Santiago. Discussions et soirées autour de tables gourmandes avec nos voisins brésiliens s’enchainent un moment. Plus tard, toujours en bus, on se dirige vers un quartier original de Bara de Lagoa, le petit village voisin. Ici, entre vieux pêcheurs, hippies attardés, nostalgiques de Bob Marley et divers autres, plusieurs clichés insolites se révèlent au travers des sentiers de cet endroit où tout accès en voiture est proscrit. Les matériaux sont arrivés en barques puis c’est brouettes et échines courbées qui ont permis la construction de ces maisons noyées dans la végétation tropicale agrippée au relief abrupt dominant le canal de Bara.
 
                    Dans l’ombre d’un certain Bob Marley et autres hippies attardés
 
 Passé un moment, une superbe crique se dévoile sur l’océan entre bananiers touffus, ficus centenaires et autre palmiers sauvages. Un bel endroit.

 
                                           Trésor caché

Plusieurs matinées sont aussi consacrées à la remise en état de quelques égratignures de Franky. En Uruguay, j’avais eu l’opportunité de me procurer des peintures de carrosserie sur mesure aux couleurs d’origine parfaitement exactes de notre monture de même qu’un pistolet électrique. Ainsi, après résine, mastic, ponçage et huile de coude, Franky retrouve sa jolie robe d’antan.

 
                Pour un pare choc tout neuf !                 L’équipière prépare la déco pour Noël
Quelques jours passent ainsi jusqu'à ce que Vicente reçoive les conclusions du centre Bosch local qui annonce l’impossibilité de garantir la parfaite remise en état de notre pompe à injection….
…déception…
…compte tenu des taxes démentielles brésiliennes sur les produits importés le prix local proposé pour une neuve ne nous satisfait guère (on nous parle de 100 à 150% de taxes !). Je lance donc un SOS à quelques connaissances notamment Charles l’ancien propriétaire de Franky, Richard, voyageur mécanicien également québécois et de concert, Vicente, Carlito, Renato amis brésiliens, Éric le français chilien et moi-même  afin de nous lancer dans des recherches sur internet. Diverses offres apparaissent pour confirmer bientôt la disponibilité d’une pièce d’origine garantie Bosch aux bonnes références en Allemagne à prix correct.
 Dès lors, va pour l’Allemagne si c’est pour apporter une cure de jeunesse à notre fidèle écurie d’étalons au service de Franky. Peut-être un mal pour un bien avant les milliers de kilomètres nous séparant encore de l’approche de cette Amazonie inquiétante et plus tard des immensités d’une Patagonie aussi austère que désertique. Gardons en tête le vieil adage « mieux vaut prévenir que guérir ». Reste la question des taxes qui nous seront appliquées, j’invite l’expéditeur d’emballer notre pompe comme paquet cadeau espérant qu’en ces périodes de fête, les douanes locales soient conciliante envers ce type d’envoi…
…fait bon rêver !
Néanmoins, il va sans dire que pour l’heure, c’est statut quo  pour quelques jours.

  
                Eric et Bernadette                          les soirées se succèdent

Courant décembre, il est à noter qu’ici, dans l’hémisphère sud, c’est le plein été et au Brésil, les grandes vacances débutent le vingt et tout s’arrête jusqu’à début janvier. L’école reprendra courant mars. Une livraison nous est proposée sous cinq jours, bonne affaire. Eric qui a beaucoup d’expérience en matière d’importation nous met en garde contre les délais de dédouanement brésiliens mais, ma foi, pas trop le choix nous patienterons. C’était déjà sans compter le délai de dédouanement au départ d’Allemagne qui prendra sa semaine. Peu importe, bien installés au camping de Lagoa, nous tiendrons le siège et mettrons à profit cette période pour nous reposer de ces petits maux qui nous tracassent chacun depuis quelques temps. Sonia et Vicente, nos adorables voisins brésiliens nous concluent plusieurs rendez-vous et nous mènent chez les médecins adéquats. Orthopédiste et radiologue pour le genou de Françoise qui nous inviteront le lendemain à nous présenter chez un collègue parlant français pour le diagnostic. Pour moi, un urologue, adorable japonais répondant au nom de Nakamuru nous rassure sur un début bénin de hernie. Des ordonnances sont délivrées, les thérapies peuvent débuter sans encombre, un peu de repos est prescrit. Toutes fois  dans nos têtes commence à trotter l’idée d’un retour anticipé éventuel afin de remettre en état cet équipage bancal. Plusieurs offres de gardiennage sécurisé apparaissent, attendons donc patiemment la réception de notre colis, nous statuerons dès la pose effectuée. Non partie prenante dans la fourniture de pièces Bosch, le garage Cummins est à notre écoute pour intervenir sur notre ordre.

    

    
                                     Les fresques de Florianopolis

                Ainsi se passent quelques jours. Le vingt-quatre décembre, petit réveillon en tête à tête se profile…
…hors de question s’offusque Sonia !
…non, non, Noël, c’est une fête de famille…
… et vous faites partie de la famille !!!
…nous voici spontanément invités à nous joindre à Sonia, Vicente et leurs deux enfants venus les rejoindre. Bonne humeur et convivialité ne manqueront pas. Très agréable soirée qui restera elle aussi dans les mémoires du voyage.
A noter que la vision sud-américaine d’un réveillon de Noël diffère quelque peu de notre vue gargantuesquo- commercialo- mégalo-commerciale européenne. Si quelques sapins synthétiques fleurissent çà et là côtoyant leurs crèches, Quasiment pas de guirlandes électriques dans les rues et pas d’approvisionnement démesuré dans les allées des supermarchés. Fête familiale religieuse, à notre menu servi dès dix-neuf heures, crudités diverses, salade de riz, variante d’une sorte de polenta au mil appelée « couzcouz » suivi d’un chapon (si, si un vrai), un flan coco-pruneaux et d’un gâteau au chocolat. Quelques  crus gouleyants chiliens et l’affaire est classée vers vingt-deux heures ! Les douze coups sonneront « à la maison »durant un DVD.

 
  Un certain 24 décembre 2014 avec nos bons amis brésiliens

                Le 27 avec émoi, larmes aux yeux, nous recevons chacun un présent en témoignage de notre amitié et nous disons adieu à Sonia et Vicente qui rejoignent leurs amis Mè et Claudio dans les massifs de l’arrière-pays. Apeurés semble-t-il par un afflux démesuré de campeurs sur le littoral. L'ile de Florianopolis riche en plages paradisiaques semble effectivement très prisée en fin d’année…
…qui vivra verra…
…l’événement n’a pas tardé ! Des centaines d’installations « à la brésilienne » déferlent jours et nuits durant la semaine. Anarchique, toutefois bon enfant, mais dans un désordre indescriptible, le camping se colore d’un patchwork hallucinant. Quand les mètres carrés de gazons s’estompent, chaque arrivant scrute les quelques centimètres restants pour planter sa tente igloo doublée de sa bâche contre le soleil brûlant et la pluie tropicale journalière. Cordelettes,  piquets et toiles  s’entrecroisent dans une densité impensable. Au final, c’est gaité, musique et couleurs dans l’attente d’un réveillon de nouvel an inédit.
A cette occasion, pour 500 reals (env. 150€) nous avions réservé une table au « Barracuda » resto un peu bien en arrière de la plage. Bien nous en pris car le trente et un, neuf restaurants sur dix ferment à dix-sept heures !  
 A noter qu’ici, un réveillon au restaurant ne signifie pas orchestre, danse et cotillons, seulement un repas select avec fermeture de l’établissement vers zéro heure trente.
Belle table, accueil chaleureux pour deux français bienvenus, noms sur fleurs fraîches, livrée blanche pour nous présenter la carte, ne manque rien.
On nous avait bien tout expliqué lors de la réservation, comme souvent, nous avions un peu compris des choses…
… l’intégralité…
… pas vraiment…
… une légère confusion  se profile lorsque nous sommes invités à choisir nos plats sur une carte aussi variée que complète à des prix allant du simple au double. On avait aussi compris que le vin était inclus, on nous présente une carte allant de la piquette locale au champagne, il y avait bien le buffet de fruits prévu au centre de la salle…
…ok…
…mais encore…
…il nous effleure que nos 500 reals n’étaient destinés qu’à la réservation d’une table tant, tous arrivants non réservataires et ils seront nombreux sont poliment désavoués. Repas, boissons et divers, la carte bancaire est fébrile. Pour l’heure, peu importe, régalons nous d’une généreuse pariallada de fruits de mer accompagné d’un petit blanc chilien. Dommage que les fruits du buffet soient quelconques pour un tel établissement (raisin acide, pêches farineuses et melon insipide). Souhaitant vivre les douze coups sur la plage, lors de l’addition il nous est précisé que rien n’est dû…
…très bien, merci beaucoup, et meilleurs vœux…
…aujourd’hui encore, nous n’avons pas bien compris le système sachant que le choix était libre dans les vins et sur la carte. Françoise regrettera ne pas avoir demandé une langouste pour chacun !

 
                                  Le 31 12 2014 il est 23 heures

Nous ne résistons pas à l’appel de l’ambiance extérieure devant l’hôtel sur la grande plage de Lagoa. Vingt-huit degrés, locaux en fête, feux d’artifice au-dessus de nos têtes (sécurité ??? c’est quoi ça !!!), trois jeunes filles croisées à la minute nous servent une coupe de champagne, les flashs crépitent et les accolades rapprochent. Nous retrouvons aussi quelques voisins du camping notamment une pimbêche ce soir passablement délurée !