SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue





 
                            Attendrissants manchots de Magellan

 A une petite heure de là, un restaurant fermé nous procure un bon abri ensoleillé sous le vent pour enfin manger un morceau confortablement, il est quinze heures. Un tatou poilu nous rend visite, il nous rappelle ses cousins éloignés observés en Floride.
                               
                                         Tatou poilu
Un couple de jeunes français en année sabbatique que le hasard nous a fait rencontrer ici nous indique avoir monté leur tente derrière Franky. On devrait se retrouver.   Au pied de cette falaise, une petite compagnie d’éléphants de mer qui, vautrée sur les galets nous fera perdre patience pour espérer photos ou vidéo plus exaltante. Il est déjà bientôt l’heure de rentrer, voiture récupérée qu’en fin de matinée à la grande ville voisine Puerto Madryn, c’est une centaine de kilomètres de piste qui nous attend pour rejoindre notre camp de base.
Le lendemain matin, direction le sud de la péninsule, à deux heures de poussière, une falaise est sensée être habitée aussi d’éléphants de mer. L’accès exclusif se fait à travers le restaurant de l’estancia qui n’ouvre le portail du sentier qu’aux clients. Juste deux tables reçoivent quelques égarés comme nous, la moitié de la carte est indisponible, il nous sera néanmoins servi un délicieux plat d’agneau. Par contre au final du sentier d’accès, aucune vie en vue, une mer qui brise inlassablement et le désert total sur le rivage.
Une paire d’heures de poussière plus tard, un autre lieu d’observation de lion et éléphants de mer est indiqué. Si ces éléphants de mer en majorité des jeunes et des femelles sont bien présents, les grands mâles, les plus spectaculaires semblent repus et bien léthargiques. Se vautrer ou dormir, restent leurs seules activités, le spectacle est satisfaisant mais sans grandes émotions.
 
                                      Eléphant de mer
 
                             Jeunes éléphants et colonie de lions de mer

Par contre plus au loin, sur un grand banc de sable isolé, une immense colonie s’agite plus vigoureusement. Eloignée, seul le téléobjectif autorisera quelques clichés et vidéos acceptables. Bien sûr, nous scrutons large et rivage espérant détecter quelques ailerons saillants signe avant-coureur d’une probable attaque d’orque, mais point.
Punta Norte est signalée à quatre-vingt-dix-sept kilomètres, la guimbarde, ah oui, j’ai oublié de dire, la vieille Chevrolet louée qui ne compte plus ses années affiche ses cent-soixante mille kilomètres tous vraisemblablement parcourus sur ces pistes. Sa robe n’est plus très blanche et l’habitacle est uniformément terre locale, surtout éviter le ventilateur qui te propulse au visage un opaque nuage de poussière ! Lève vitre manuel dont un cassé et bien sûr absence totale de tous les gadgets très XXI ème siècle. Nous sommes en Patagonie, ici il faut surtout de la fiabilité, nous l’aurons. Notre guimbarde donc disais-je va supporter sans faillir une allure soutenue parmi gravier, sable, terre et tôle ondulée… bien ondulée parfois. Nous admettrons que mécanique et ce qui reste de suspension sont soumis à rude épreuve. Je crains parfois une casse soudaine au milieu de nulle part et ici, pas de téléphone portable sauf à proximité de quelques panneaux dédiés où notre écran restera vierge.
Rendus à Punta Norte avant dix-sept heures, heure de pleine mer, lions et éléphants pullulent chahutent gueulent et se bousculent sans ménagement au risque d’écraser leur progéniture.



                          Belle colonie de lions de mer à Punta Norte
 



Ce sont ces bébés que les orques apprécient !
Parc national géré par l’Unesco, interdiction absolue d’approcher le rivage. C’est encore Zoom et trépied qui autorisent quelques images…
…les orques ???
…niet ! La semaine passée, plusieurs attaques eurent lieux sur cette plage. Seulement, juste une heure d’observation est faisable car deux heures de guimbarde sont nécessaire au retour. Eviter absolument la nuit sur ces pistes sans point de repères et traversées par de multiples animaux sauvages. Interdit de dormir sur place, difficile de rester à l’affut sans autorisation spéciale.
Le lundi, la marée haute est annoncée pour six heures ou passé dix-huit heures, plus difficile encore de prévoir un long affut sauf à se lever à trois heures et demi du matin. Comme le succès est loin d’être garanti, nous décidons à tort ou à raison, de rejoindre la pointe isolée de Ninfas où des éléphants de mer sont fréquemment observés. Seul ennui, c’est deux cents kilomètres de ripio allé et retour pour la guimbarde… et l’équipage. L’idée est d’approcher davantage ces hôtes sachant que nous serons hors parc national. Exécrables les cent derniers kilomètres, fréquente tôle ondulée qui frise les vingt centimètres d’ondulation, brouillard marin à l’arrivée et plage à peine visible du haut des trente mètres de la falaise. Nous suivons néanmoins précautionneusement celle-ci sur quelques centaines de mètres pour ne rien découvrir sur les galets qui roulent inlassablement. Dans ce no-mans-land noyé dans ce brouillard obscur, il est décidé de ne pas insister davantage. Une brève éclaircie nous autorise un piquenique frugal. Deux autres véhicules sont apparus. Le spot de l’année n’étant pas pour aujourd’hui, nous reprenons la route inverse sans tarder, l’idée étant que notre guimbarde ne soit pas le dernier véhicule à circuler sur cet itinéraire lugubre et sans issue.
  
       Juste du brouillard et des galets              ici, mieux vaut ne pas compter sur le téléphone
Le lendemain, nous rejoignons le camping de Puerto Madryn où lessive, bonne connexion, supermarchés et dépôt de gaz à proximité autorisent une bonne mise à niveau. Entre temps, visite des deux petits musés à proximité. L’un porte sur la faune marine locale fort bien conçu, l’autre sur le débarquement en 1865 des premiers colons gallois venus s’installer pacifiquement dans la région. Agriculteurs pour la plupart, leur installation se révélera difficile durant plusieurs années dans ce désert stérile. Une proche vallée plus fertile d’un fleuve côtier leur sauvera la mise.
                              
                                 Mémorial aux premiers colons
               Il est grand temps de reprendre la route du sud, un spot renommé pour l’observation des manchots de Magellan est mentionné sur tous les guides. Juste une précision, manchots ou pingouins ?...
Ici, à tort ou à raison, il est dit que dans les langues espagnole ou anglaise courantes, seul le terme de pingouin est utilisé. Or, chez nous, il est admis que les pingouins volent (un peu) et ne sont présents qu’en hémisphère nord, alors que les manchots ne volent pas est sont présents en hémisphère sud. Punta Tombo accueillerait…
…neuf cent mille à un million de manchots de Magellan !!!
Il est bientôt quinze heures trente, l’idée, se stationner au dernier village de Dos- Pozos repéré sur la carte et se présenter à l’entrée du site le lendemain matin. Seulement…
…Dos-Pozos…
… n’existe pas !...
 Nous apprendrons au retour qu’il ne s’agit en fait de deux vieilles bâtisses abandonnées utilisées autrefois comme relais postal. Pas trop le choix que poursuivre et entrer dans le parc avec pour conclure trente kilomètres de piste au ripio toutefois assez confort. Seulement, à l’arrivée, le garde nous fait bien comprendre qu’il y est interdit de stationner de nuit. Sans village à moins de deux cent kilomètres, il nous invite à nous présenter dans les deux estancias les plus proches.
Le propriétaire de la première nous refuse l’entrée, par contre la femme de la seconde, pas désintéressée par les visiteurs de manchots nous autorise moyennant trois cent pesos (18.00€) l’entrée et le stationnement pour la nuit. Ils y pratiquent d’ailleurs, sur réservation, table et chambre d’hôtes.
                      
                               Nuit brumeuse dans l’estancia