AMAZONIE 2017 suite
SOUS LES ETOILES DU MONDE
                                                  ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

         Si effectivement, notre aventure s’éteint lentement, il reste une dernière braise qui vacille dans nos têtes. Souviens-toi, (si tu as bien suivi !) en 2015/2016 alors que nous étions au Pantanal nord, (nord-ouest du Brésil) dissuadés pour X raisons (notamment l’échéance de nos visas) de nous approcher du port fluvial de Puerto Velho porte d’entrée sud-ouest de l’Amazonie, nous avons obliqué vers l’est via Brasilia
Aujourd’hui, l’idée, bien sûr n’est pas de jouer les « Indiana-Johns » auprès des Yanomami du fin fond de « l’enfer vert » d’ailleurs forts bien protégés aujourd’hui des intrusions de toutes natures. Simplement, curieux de nature, passionnés de découvertes insolites, quitter ce continent sans tenter de s’immerger quelques temps dans cette culture amazonienne si particulière serait dommage et générateur de regrets éternels ! Imagine, cinq millions et demi de kilomètres carrés de forêt équatoriale, il faut essayer d’en vivre une petite expérience tout de même.
La stratégie : Nous sommes à Santiago avec +/- quatre-vingt kilos de bagages et pas de lignes directes pour cette destination. Un premier vol nous déposera donc à Sao Paulo où nous y laisserons valises et divers à l’hôtel choisi, puis un vol intérieur Sao Paulo Manaus avec juste deux sacs à dos et deux valisettes à mains suivi d’un embarquement sur un bateau local pour une descente au rythme du grand fleuve jusqu’à Belém où un avion nous ramènerait à Sao Paulo, récupérer nos bagages déposés pour un retour à la maison.
Donc, passés quelques jours de transit, l’étouffante atmosphère de Manaus nous abasourdit d’entrée. Un petit logement bon marché chez l’habitant proche du centre, nous voici chez nous (presque) pour une dizaine de jours. Chambre propre, grande salle de bain, climatisation, frigo et cuisine commune au rez de chaussée intérieure et extérieure. Le propriétaire ne saura que faire pour nous satisfaire avec fruits à volonté et l’offre de quelques plats de poissons que l’apparence entre-autre nous fera reculer poliment. Bien noter tout de même que si notre partie privative est soignée et irréprochable selon le standard amazonien, il n’en est pas de même quant aux cuisines. Déposés là, des quantités de fruits ne résistent pas à l’ambiance étouffante non aérée de la cuisine intérieure et s’abîment de jour en jour. Une jolie table en verre n’a jamais connu d’Ajax-vitre et la cuisinière du siècle passé accuse les faiblesses de son âge. De toute façon, ce sera en extérieur que la popotte se fera chaque soir après que l’équipière ait usé passablement d’huile de coude. Juste signaler le passage à deux reprise d’un rongeur local et l’exploration des placards par les fourmis qui se sentent bien chez elles ! Si d’entrée de jeu, nous regrettions un peu cette réservation par internet, au fil du temps et de la découverte du « standard amazonien » nous positiverons volontiers sur ce choix.
C’est l’incroyable activité portuaire qui marquera les esprits. Bien noter que Manaus capitale de la région « Amazonia », c’est un peu une île urbaine au milieu d’un océan de verdure infranchissable. Pas de route vraiment pour en sortir sinon quelques pistes à camion impraticables six mois sur douze et une seule route qui mène au Venezuela. C’est tout de même environ deux millions d’habitants ! Donc pas d’alternative, tu comprends d’emblée que sur toute l’Amazonie, c’est par bateaux que tout se transporte. Situé à mille sept cent kilomètres de l’embouchure, des profondeurs avoisinant de temps à autres les cinquante mètres pour des largeurs pouvant atteindre les quarante kilomètres, l’ensemble intégré à une forêt primaire équatoriale grande comme une bonne moitié de l’Europe, autant dire de Gibraltar à Oslo en passant par Athènes, voici juste pour bien mettre les idées en phase avec la réalité. Il y va donc un trafic considérable de cargos, pétroliers et porte-contenaires divers au port industriel situé à l’écart de la ville. Mais c’est certainement le port flottant au pied de la ville et du marché municipal qui retiendra notre attention plusieurs jours durant.
   
                                                       Manaus, au quai des pêcheurs
Précision : Savoir qu’à Manaus, le niveau du fleuve peut varier de +/- quatorze mètres entre la saison des pluies qui s’achève maintenant (quelle chance !) et la saison sèche. C’est un architecte anglais au XIXème siècle à la grande époque du caoutchouc qui fit réaliser ces monstrueuses structures flottantes permettant amarrage, chargement et déchargement de tout ce qui fit la splendeur de cette ville isolée dans la jungle. Toujours en service, les quais sont construits sur des centaines voire des milliers d’énormes citernes ainsi camions, voitures et piétons par milliers circulent comme sur la terre ferme quelque-soit le niveau du fleuve.
Cœur de la ville, c’est ici que tu ressens l’atmosphère de toute une région hors du commun. Une véritable fourmilière qui crie, qui marche, qui court, qui vend, qui achète, qui charge qui décharge, qui transporte et tout cela à dos d’hommes et sous les baffles qui vomissent leurs musiques nasillardes à tue-tête. Nous sommes effarés devant ces « dockers » qui charrient des colis énormes ou multiples en équilibre sur têtes ou robustes épaules. Ici, pas d’engins de manutention moderne type chargeurs électriques ou transpalettes, les structures mobiles très XIXème comme je disais ne permettent pas leur utilisation. Ces hommes lourdement chargés doivent slalomer entre foule, dénivelés, passerelles instables, grills à poissons et guinguettes diverses pour atteindre parmi tant, le bateau qui devra transporter ce fret vers une communauté isolée sur un affluent mineur du grand fleuve. Juste pour exemple cet homme qui ne cesse de faire des voyages de vingt packs de bière soit deux cent quarante canettes. Si tu évalues la canette à + / - trois cent cinquante grammes, c’est 84 kilos sur un mètre vingt de haut en équilibre au-dessus de la tête qu’il faut maitriser ! cet autre avec ses ballots d’un mètre cube de textiles divers ou bien encore ces énormes bacs en polyester utilisé pour chauffer l’eau sur le toit des maisons grâce au soleil.
                         
                                               Rustique la passerelle !

                
Remarque bien, devant l’homme aux lunettes, ce docker transporte 240 cannettes sur 1m20 de haut !!!
 
                              Intense activité chez les dockers

Amarrés au bas du quai, les barques des pêcheurs locaux brillent des reflets d’argent de leurs innombrables poissons pêchés la nuit. Les cris révèlent une vente qui s’effectue au bateau et à l’amiable, pas de balance c’est au « jugé » !
A plusieurs reprises nous nous laisserons nous imprégner de cette ambiance incomparable du port et du grand marché municipal voisin. Dans celui-ci, sous les cris des acteurs, il faut découvrir l’incomparable variété de poissons du fleuve ainsi que celle des fruits tropicaux aussi divers que variés et inconnus pour certains. Le grand carré des bananes est bien surprenant lui aussi devant les tonnes de ces bananes toutes variétés confondues stockées là en régimes nus à même le sol. En second viennent les monticules de pastèques et d’ananas suivies d’un panel inouï de produits locaux de toutes natures. Les viandes à même le carrelage ne manquent pas non plus d’intérêt et curieusement, voisines des quantités de poissons, pas de nuées de mouches comme on pourrait s’y attendre. Je ne dirai pas que c’est d’une propreté irréprochable mais beaucoup d’étals respirent bon la fraîcheur du jour.
  
                                   Marché aux poissons à Manaus
 
 

                                   Que de bananes… et d’ananas !

 
Plus petites cases et nous voici dans les gargotes aux senteurs d’herbes médicinales, la forêt amazonienne est d’une exceptionnelle richesse en espèces végétales recherchées pour l’industrie pharmaceutique.  Séchées pendues au plafond jusqu’aux cheveux de l’herboriste hors d’âge ventant les miracles de telle ou telle, fraîches en bouquets ou à repiquer dans ton jardin ou encore en breuvages multicolores. Les poudres de perlimpinpin ne manquent pas à l’appel et chaque flacon te garantit la guérison de ton mal. Le succédané de viagra aux herbes de la grande forêt te garantit des exploits sans précédent !...
…observe donc les singes !
                   
                                            Avis aux amateurs

C’est plus à l’écart, face à ce quartier militaire à la palissade métallique qui dispense ses puissantes odeurs d’urines surchauffées que se dressent les jolies structures en fer forgé reconstruites à l’identique du marché artisanal. Caverne d’Ali baba tu y découvres arcs, flèches, lances, sarbacanes et masques qui sont de véritables œuvres d’art. L’ensemble est réalisé à partir d’éléments naturels tels que bois précieux, racines diverses notamment de plantes aquatiques, graines de toutes natures, calebasses, coques de noix locales, pépins de fruits, mâchoire de piranhas, plumes d’oiseaux, écailles, arêtes et peaux de poissons, viscères séchés et que sais-je encore.
Les jours passent ainsi, mais, nous voudrions bien flirter avec cette forêt si emblématique dans l’imaginaire de chacun. Hors de question de s’aventurer sans guide. C’est « l’amigo » d’un « amigo » rencontré qui nous met en relation. Malheureusement, nous ne serons loin d’être seuls et c’est avec une vingtaine de personnes que nous embarquons sur un bateau rapide qui nous mène à une cinquantaine de kilomètres bien loin de la zone urbanisée. Premier but, observer l’absence de mélange des eaux de l’Amazone et de son grand affluent le Rio Négro. Tu perçois parfaitement sur plusieurs kilomètres l’eau limoneuse du grand fleuve et les eaux noires de son affluent qui refusent de se mélanger. Température acidité, densités diverses permettent cette particularité.
  
                Quand le Rio Negro et l'Amazone refusent de se mélanger
 
A une petite heure de navigation, dans des cours d’eaux secondaires, nous accordons grand intérêt à ces villages flottants où les autochtones vivent modestement de la pêche et des récoltes offertes par leur forêt. Ici, pas d’agriculture dominante, les terres sont inondées six mois par ans et c’est en pirogues ou barques sommairement motorisées que les habitants se déplacent entre les grands arbres. Pas de routes donc pas de voitures ni de bus. Les bateaux à passagers sillonnent tous les affluents et les bras morts du fleuve. Pas non plus de pilotis pour les maisons, rappelles toi, trop d’amplitude entre saison sèche et saison des pluies, ce sera sur un assemblage de très grosses grumes d’un bois imputrescible que sont bâties ces modestes habitations flottantes qui ainsi épousent le niveau du fleuve au fil des saisons.
 

 
                                     Maisons flottantes sur troncs d’arbres

 

                                               Ici, une église flottante
Nous resterons perplexes sur ce principe de construction ancestral restant sans réponse précise à la question de savoir comment sur ces énormes troncs d’arbres irréguliers flottants assemblés de lianes réussir une construction qui demeure au fil des années d’une parfaite horizontalité ? Chaque masure vieille ou plus fraîche est dotée de généreuses terrasses tout aussi parallèles au niveau de l’eau. La vie semble douce et paisible, le linge sèche, le régime de bananes mûrit, la femme prépare le manioc tout en allaitent le petit dernier, le hamac oscille doucement et les enfants plongent dans l’eau café au lait. (Limoneuse certes mais pas forcément polluée). Il n’est pas exclu d’observer un panneau solaire pour alimenter un vieux téléviseur et le téléphone mobile ! Bien noter que pour les opérateurs, il est beaucoup plus simple d’ériger un relais que de tirer des lignes filaires.  Plus loin, notre embarcation file dans ce qui est en été une piste taillée dans la futaie aujourd’hui submergée de sept mètres d’eau pour atteindre une escale où un restaurant flottant est aménagé. Repas singulier riz (évidemment), oignons crus et oignons panés grillés, brochette de poulet, poisson du fleuve banane plantin et ananas frits. Juste avant, folklore au service de la « pseudo expédition de groupe » On nous invite à prendre en main un bien trop jeune caïman, un jeune paresseux qui ne demande qu’à vivre en paix et enfin un boa constrictor du plus bel effet. Si je me laisse aller à prendre ce boa en main, (pour la photo disons-le !) nous nous refuserons à traumatiser les deux autres spécimens. On nous donne des cours à propos du respect des espèces sauvages et par ailleurs on t’invite à cette mascarade en nous certifiant que chaque jour ces animaux sont relâchés pour en présenter d’autres le lendemain…
…y croit qui veut. 

   
                    
 
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